SORTIE DES ARTISTES
De l'art à la culture, chronique d'une chute annoncée
" (...) Le théâtre étant par excellence le lieu où s'expriment avec l'éclat le plus fracassant le déchirement de l'âme et l'antagonisme des passions, il était fatal que del Castillo y vînt. Il l'a fait assez tard et avec bonheur, le succès que vient de remporter sa pièce "Le jour du destin" en témoigne. La lecture de son dernier ouvrage Sortie des artistes montre que sa réflexion relative au théâtre, elle, est de longue date. Elle s'inscrit ici dans une pensée plus générale sur l'Art et sur la nature de l'Art, sur la création et sur les conditions de la création, une pensée qui s'élargit rapidement aux dimensions de l'histoire sociale du XXème siècle. (...)
L'auteur n'a pas tort d'identifier son livre à une chronique, en ce qu'on y voit le temps s'écouler sous la forme d'un récit très animé dont les héros sont les plus illustres figures théâtrales du XXème siècle, de Copeau à Barrault en passant pas Dullin, Jouvet et Vilar. Mais le mot est insuffisant : la chronique habille un essai, nourri d'une information experte, sur la pente qui au cours du XXème siècle a peu à peu conduit l'Art à se soumettre aux lois de la politique, de l'idéologie et de la sociologie, jusqu'au point où la culture s'est substituée à l'Art. (...)
Ce livre documenté, sincère et passionné, est celui d'un jeune homme qui aurait tout lu et tout vu, qui se ferait la plus haute idée de l'Art et rendrait avec gratitude au monde d'où il vient le tribut qui lui est dû. Démarche rare et courageuse par les temps qui courent. Après Fumaroli, Michel del Castillo n'a pas peur de l'héritage, et il en parle en connaissance de cause...
Philippe Tesson, extrait de l'article paru dans Le Figaro