LES PORTES DU SANG   

 

" (...) Dans son récit autobiographique, Rue des Archives, Michel del Castillo nous avait présenté avec une précision quasi photographique son monstre de mère, au bout du rouleau. Dans Les étoiles froides, en 2001, il était revenu à la fiction pour lui donner, sous le nom de Clara del Monte, une envergure, une dimension comme seules en possèdent les figures de légende. (...)

Quand s'ouvrent Les portes du sang, elle part de Valence pour la France, à bord d'un cargo affrété par les communistes du Havre. (...)

Clara a largué des maris, des amants, et elle n'a gardé auprès d'elle qu'un de ses cinq enfants, Xavier, dit Tchoun-tchoun, qui lui sert de bouclier. Pour cerner le personnage aussi multiple, il faut se mettre à plusieurs. C'est à travers quantité de témoignages qu'une narratrice tente de révéler l'insaisissable Clara. La tante, décédée, de cette narratrice avait enregistré lesdits témoignages. Ses cassettes constituent les facettes de Clara et les chapitres du livre. (...)

Si l'on suit la mère et l'enfant à Vichy, à Montpellier et à Marseille, c'est au camp d'internement de Rieucros, près de Mende, en Lozère, que se déroule la majeure partie de l'histoire. On voit comment se comporte Clara dans la promiscuité concentrationnaire à travers les témoignages d'autres prisonnières, allemandes ou espagnoles, communistes ou anarchistes. Leurs témoignages rappellent, avec puissance et clarté, les antagonismes fratricides qui ont déchiré les rangs républicains pendant la guerre d'Espagne. (...)

Ces nouvelles variations romanesques confirment la réputation de maestro de la prose française que s'est acquise ce grand écrivain."

Jean-Pierre Tison, extrait de l'article paru dans Lire, Mai 2003

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