LE SORTILEGE ESPAGNOL
" Ortega Gasset assurait : " L'Espagne est une douleur énorme diffuse " et comme Unamuno, Michel Del Castillo peut écrire : " Me duele Espana " : J'ai mal à l'Espagne... L'auteur, en 1953, échappe à l'Espagne franquiste et gagne la France. Son pays le hante pourtant et il mène avec lui un dialogue passionné : cet ouvrage.
Le mal d'Espagne défini, il s'intéresse à la Castille, terre de passion "qui s'offre nue et sans fards aux regards des visiteurs, puis à l'hidalgo, cet être "qui n'oublie jamais qu'il est homme, c'est-à-dire un animal vertical et qui marche vers la mort avec le même apparent dédain que le torero qui se dirige vers le fauve, à pas lents et mesurés, l'étoffe rouge abaissée"
Michel Del Castillo ne pouvait bien sûr, ignorer Don Quichotte. Qui est-il ? Un protestataire, un justicier, un individualiste, un idéaliste qui refuse d'accepter la société telle qu'elle est mais qui n'agit pas toujours d'une façon incohérente pour peu qu'on réfléchisse. (...)
Don Juan devant Carmen, la femme forte et le séducteur : un problème qui n'est pas résolu , encore, mais des faits nouveaux surgissent : " Don Juan, en 1978, ne voit plus en Carmen un objet à conquérir, à posséder. Il regarde maintenant Carmen et il admet implicitement qu'elle soit son égale. "
Puis l'auteur, las peut-être de trop réfléchir, se laisse un moment bercer par le "Chant des Espagnes" : la Barcelone de sa jeunesse, un pèlerinage en Pays Basque, l'ensorcelé de Séville, l'Andalou cet exilé : " L'Andalou vacille au sommet du temps, il s'avance dans la vie comme un sphinx : qui suis-je ? Et il fait une cabriole. Il prodigue ses dons, il jette ses talents, il se dépense sans compter pour rien, pour oublier le temps qui passe. Mais derrière son rire, vous entendez l'angoisse. " (...)
Michel Del Castillo, dans ce livre d'une grande richesse, a brassé tous les problèmes, qui lui venaient à l'esprit. Il sait parfaitement exprimer ses souffrances et ses espoirs pour ce pays qu'il aime profondément et dont il pourrait écrire tel Unamuno : " Tout comme cette terre espagnole tombe et berceau me saisira, je l'espère, dans l'ultime étreinte de la mort, ses paysages m'arrachent l'âme ". Un beau livre..."
Roger Galy : extrait de l'article : "Comment peut-on être Espagnol ?" paru dans le Sud-Ouest Dimanche du 5 Mars 1978