LE CRIME DES PERES      

 

"  (...) A Huesca, le jeune homme de 17 ans avait trouvé un semblant de foyer. Nieves et Anton l'avaient accueilli à bras ouverts au sein d'une famille qui comptait déjà six filles. Il avait tenu lieu, un temps, du fils tant espéré, et Anton s'était épanché des nuits entières auprès du jeune homme.

Quelque chose pourtant, dans ces longs monologues nocturnes, avait bouleversé Castillo. Un secret indicible, monstrueux, qu'il avait effacé pendant quatre décennies. Ce secret-là, de sang et de mort, a fondu sur l'écrivain quand il est revenu sur les lieux de sa jeunesse : Anton, homme d'honneur, Espagnol rigoureux, est aussi un vieil assassin, un justicier qui a tué froidement des centaines de républicains pendant la guerre d'Espagne.

Le choc fut tel que le roman ne pouvait plus désormais accueillir et transcender l'Histoire. Entre rage, haine, amour et désespoir, Michel del Castillo s'est dépouillé du "il" de la fiction pour se lancer dans un récit à la première personne, qui bouscule tout. Finis les pseudonymes, les alibis, les embellies romanesques. Au coeur du silence horrifié, la vérité seule a des vertus curatives. Et nous voilà transportés dans une langue nue, incisive, au coeur d'une histoire comme l'Espagne les suscite tout en s'évertuant à les cacher. (...)"

Michèle Gazier, extrait de l'article "Sanglant secret" paru dans le Télérama du 3 février 1993

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