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Le Blog de Michel del Castillo


DONNA LEON, la Madone des bobos. PDF Imprimer Envoyer

L'an dernier, une amie bibliothécaire, Danielle, me faisait découvrir les ro­mans de Dona Leon, américaine vivant depuis plus de vingt ans à Venise. Sé­duit autant par ces policiers bien agencés que par l'évocation d'une ville que j'aime passionnément, cette Venise trouble et fastueuse, je dévorai tous ses livres, admi­rant la solide construction des intrigues, la ferme peinture des per­sonnages -le commissaire Carlo Brunetti, sa femme, Paola, leur fille et leur fils, jus­qu'aux personnages secondaires, l'insupportable vice-questeur Patta, supé­rieur hiérar­chique du commis­saire, un arriviste de la pire espèce; l'élé­gante signorina Elletra, leur secrétaire, vestale de l'informatique; dix autres campés avec jus­tesse. J'ai savouré les mille détails de la vie quotidienne des Vénitiens, la des­cription des différents quartiers, l'évocation sans complai­sance d'une Italie gangrenée par la corruption.

Séduit, je n'étais pourtant pas convaincu. Les livres étaient réussis, ils se li­saient avec entrain. Quelque chose manquait, mais quoi ?

Voulant en avoir le cœur net, j'ai repris cet été tous les ro­mans de Donna Leon. Très vite, j'ai compris ce qui causait mon insatisfaction. Toutes les in­trigues reproduisent le même schéma: invaria­blement les assas­sins appar­tiennent à la classe diri­geante, nobles cor­rompus, industriels dou­teux, politi­ciens véreux, bigots hypocrites et vicieux, militaires factieux, ma­gouilleurs vêtus de cachemire et de soie, spéculateurs sans scrupules, ban­quiers louches, j'en passe; invariablement aussi, les humbles y sont les vic­times innocentes des turpitudes des puis­sants. C'est un monde en noir et blanc.

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SIMENON, un Balzac des âmes perdues. PDF Imprimer Envoyer

Vers 1951, à Huesca, je découvrais les romans de Simenon que je lisais avec une voracité hallucinée dans l'une ou l'autre de ces pensions de famille où la misère me déposait, sans m'interro­ger sur leur facture, sans même prêter attention à l'intrigue; je ne l'ai jamais quitté depuis, relisant chaque année cinq ou six de ses livres, toujours avec la même fascination. Cet été encore, (c'était en juillet, il pleuvait souvent), j'ai repris de manière systématique tous ses livres ainsi que trois biographies dont celle, exhaustive et lucide, de Pierre Assouline. Venant de relire les polars de Dona Léon, je voulais mesurer la distance qui sépare l'artisan habile de cet écrivain, l'un des plus grands du XX° siècle.

Lorsque je l'ai découvert, j'étais un jeune homme famélique et désespéré. Désespéré au sens propre, sans la moindre nuance ro­mantique, à bout d'espoir tout simple­ment. Quittant une pension de famille sinistre pour une autre plus triste encore, je m'enfonçais jour après jour dans cette médiocrité vertigineuse qui était l'es­sence du franquisme, sans que je veuille expliquer mon naufrage par la médiocrité ambiante, puisque le régime n'était en rien res­ponsable de mon abandon. Simplement, le national-catholi­cisme do­lent et inquisiteur renforçait ce sentiment de déracine­ment qui me rendait étranger à ma vie. Dire que j'étais seul serait un euphé­misme, car je me trouvais au-delà de la so­litude, dans une dérélic­tion résignée dont me sauvait un orgueil inexpugnable.

Dans ces romans denses, serrés, d'une force terrible, je ren­contrais d'abord mes jumeaux, ces jeunes apatrides qui s'aggluti­naient dans la cuisine de leur pension, étalant leurs livres sur la table, mettant leurs pieds sur le poêle ou le four de la cuisinière comme je posais les miens au bord du brasero. Je reconnaissais leur soli­tude éga­rée, leur désespoir muet, leur besoin d'un peu de chaleur, de l'illusion d'une famille, leur intraitable or­gueil qui les faisait refuser l'assiette de soupe que l'hôtesse leur proposait. Ils se raidissaient, écartaient cette pitié dangereuse, sa­vourant avec volupté la honte de leur misère. S'il leur arrivait de tuer, le crime et ses circonstances retenaient à peine mon attention, indifférence qui répond à la question que je me posais au sujet de l'américaine, engluée dans ses enquêtes manichéennes.

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JUAN MARSE, LA CONSECRATION. PDF Imprimer Envoyer

Ceux qui s'imaginent que les écrivains barbotent dans un marigot de jalousies mesquines, je ne dirai pas qu'ils se trompent absolument. Mais certains artistes s'éprennent d'une œuvre au point de l'assimi­ler et de l'in­corporer à leur être profond. Leur succès les réjouit autant, peut-être plus, que le leur. C'est mon cas avec les livres de Juan Marsé, le plus grand sans conteste des romanciers espagnols vivants, le plus poétique, le plus rêveur, le plus minutieux et le plus précis. D'un étroit quartier de Barcelone, le Gui­nardo, Gracia jusqu'à la place de Lesseps, Monte Carmelo, sur les pentes du Tibidabo, il a su, dans une chronologie resserrée, celle de l'après-guerre civile, faire un univers d'un réalisme méticuleux et pourtant onirique, habité de person­nages d'une présence tout à la fois indé­cise et irréfutable. Une œuvre d'autodidacte bâtie en dehors des modes et des écoles, qui ne doit rien aux prescriptions universitaires, aux dictatures intellectuelles, une œuvre d'une liberté magnifique.

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Morale républicaine. PDF Imprimer Envoyer


J’avais consacré un papier au juge Garzón, devenu star juridique en poursuivant partout dans le monde les fascistes et les dictateurs. Revêtu de la blanche armure de Chevalier des Opprimés, il parcourait la planète pour s’adonner à la chasse au tyran, sport très noble, très absorbant, et qui, pratiqué avec assiduité, laisse peu de temps à l’exercice de la justice ordinaire. On admettra que les querelles de bornage ou les batail­les d’héritage manquent de panache, sans compter qu’elles retiennent moins l’attention des télévisions que les gémissements des victimes et les pleurs des orphelins. On ne devient pas une star en restant assis dans un bureau, le nez plongé dans des dossiers mesquins.

Sa dernière foucade avait été d’inciter au déterrement des victimes du franquisme, à ouvrir des fosses, à compter et ranger des os, à reconstituer des cadavres, à diriger une immense danse des Morts, très buñuelienne. J’avais exprimé mon écoeurement devant ce spectacle macabre et protesté contre le mépris affiché par le magistrat pour le Droit, un dédain lourd de dangers sous ses airs de gauchisme tonitruant qui lui valait les ap­plau­dissements de tous les antifascistes de salon.

Pour justifier ce vaste opéra macabre, le juge avait dû tordre la Loi. Qualifier de « crime contre l’humanité » les seules exactions franquistes en ignorant celles commises par « les révolutionnaires », c’était un tour de passe-passe juridique, - la notion et la définition de crime contre l’humanité étant par ailleurs pos­térieures à la guerre civile, le délit ne pouvait pas être retenu, ce qui rendait l’opération illégale.

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NOUVEAU SITE, TRES VIEILLES OBSESSIONS. PDF Imprimer Envoyer

J’inaugure un site conçu par un jeune graphiste de talent, Cédric Di­mier, site plus accessible et plus convivial, je l’espère, pour mes lecteurs, d’un manie­ment facile pour l’idiot informatique que je suis.

Site rénové mais vieilles obsessions : je poursuis en effet ma réflexion autour des attaques auxquelles je répondais dans mon précédent blog, visant mon livre sur Franco. Je ne le fais pas  dans une intention polémique puisque les méthodes de mes contra­dicteurs rendent vaine toute polémique, telle du moins que la France, pays essentiellement littéraire, l’a codifiée au long des siècles. Je veux, ainsi que je le fais depuis des années, m’in­terroger sur la nature de la croyance idéologique, thème ayant  inspiré plusieurs de mes romans, de La Nuit du Décret à La tunique d’infamie, et qui, tel  un fil rouge, tra­verse ma vie, court tout au long de mes livres.

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