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À la fin d’une rencontre avec des médecins, des psychiatres, des psychanalystes, une femme s’est levée dans l’assemblée pour exprimer sa déception. Je n’avais, dit-elle, soufflé mot des écrivaines – le mot, hideux, est devenu d’usage courant. Serait-ce, poursuivit-elle, parce que je doutais du talent créateur des femmes ? Nous n’avions, c’est vrai, traitant de l’illusion et de la réalité dans la littérature, cité que des exemples masculins : de Cervantès à Céline, de Balzac à Dickens, de Gogol à Dostoïevski et à Tchekhov. Mais, fis-je remarquer à cette féministe de choc, pourquoi n’avait-elle pas posé la question : y a-t-il des femmes écrivains que vous admirez ? Si oui, lesquelles ?
Comme le jeu consistait en un dialogue fait de questions-réponses, rien ne l’empêchait de m’interroger avec franchise. Je lui aurais répondu que j’avais écrit et publié plus de six cents pages sur Colette, trois livres, dont l’un au moins, Colette, une certaine France, n’est pas passé tout à fait inaperçu ; que je tenais l’auteur de La fin de Chéri et de Sido pour l’un des plus grands prosateurs du XX° siècle, quand même sa personnalité ne m’inspire pas une grande sympathie ; que j’aimais Yourcenar et Duras, admirais Thérèse d’Avila, sans conteste l’un des meilleurs écrivains du Siècle d’Or espagnol, que je vois dans le roman d’Emily Brontë l’un des plus grands livres de la littérature, que, remontant dans le temps, jusqu’à Marguerite de Navarre… J’ajoutai enfin qu’un homosexuel m’aurait reproché d’ignorer les auteurs gays, un Juif, les écrivains Juifs… Le but de l’intervention n’était pas de savoir si j’aimais certaines écrivaines, non plus de connaître les motifs de mon admiration ou de mes réticences, le but était de faire un procès d’intention. La cause était pour elle entendue : je ne pouvais tout simplement pas aimer les artistes de sexe féminin, je devais même, dans mon for intérieur, leur dénier tout talent créateur. Jusque dans le domaine de la création artistique, on se heurte ainsi à ce communautarisme qui délite et défait nos sociétés, chaque groupe se réfugiant dans un bastion idéologique, fragmentation qui empêche le dépassement, interdit de penser l’universel. Ce que cette dame me reprochait avec une aigreur polie, c’était d’ignorer les frontières. Elle s’accrochait à son territoire, patriotisme sexiste aussi intolérant que le nationalisme. Sa question n’exprimait aucun intérêt pour l’homme que je suis, pour mes goûts ou mes curiosités. Sa question était un manifeste. J’ai connu une mésaventure identique à la librairie Kléber de Strasbourg où une lectrice, avec ce même ton d’aigreur, me reprochait d’avoir parlé, dans mon Dictionnaire amoureux de l’Espagne, de la corrida, que, bien entendu, elle condamnait avec vigueur. Je lui fis remarquer que, parlant de l’Espagne, il m’était impossible d’ignorer une tradition séculaire. Je citai ce passage d’une lettre de Tchekhov où le dramaturge explique que le rôle d’un écrivain n’est pas de prêcher la morale, mais de montrer, de faire voir et sentir, et que, s’il décrit un voleur de chevaux, sa mission n’est pas de dire qu’il est mal de voler des chevaux, mais de raconter la manière dont il s’y prend pour les voler. Propos que la lectrice approuva en hochant la tête avant de répliquer : « Oui, mais vous ne condamnez pas la corrida ! » sortie qui montrait, ou qu’elle n’avait pas écouté le propos de Tchékhov, ou qu’elle n’entendait rien à l’art d’écrire, peut-être les deux. L’idéologie rend sourd et aveugle. Elle refuse d’écouter ce qui n’entre pas dans son univers sectaire. Je ne doute pas de la capacité créatrice des femmes, ni de leur talent; je les tiens, non seulement pour égales mais, pour d’aucunes, supérieures à bien des hommes. Homosexuel, Proust est un écrivain immense, mais l’homosexualité ne suffit pas à faire le talent. Je connais des écrivains gays dont le narcissisme et la vaniteuse médiocrité découragent les meilleures volontés ; je connais des écrivaines hystériques, incultes et d’une brutalité stupide. Du romancier que j’admire le plus, que je crois connaître un peu, auquel j’ai consacré un long essai, Mon frère l’Idiot, je parle de Dostoïevski, je ne cache ni à moi-même ni à mes lecteurs les pires dérives, le chauvinisme, le patriotisme messianique, le mysticisme fumeux, la haine des Juifs et des Polonais. Alors que les fervents de littérature admettent qu’il n’y a pas d’Art sans liberté, alors qu’ils sont prêts à protester et à défiler contre toute censure, on dirait qu’ils refusent d’en tirer la conséquence : un auteur qui ne se rend pas lui-même libre, qui n’incite pas à s’affranchir, un tel auteur est un écrivain mutilé. Reconnaître les contradictions d’un écrivain, de tout artiste, les relever, les accepter, ce n’est pas commettre un crime de lèse littérature. C’est distinguer l’homme, semblable à tous les autres, de l’œuvre. C’est admettre que les petitesses et les mesquineries peuvent cohabiter avec une incontestable grandeur. Je vois en Colette l’une de nos meilleures stylistes, écrivant l’une des proses les plus musicales, les mieux cadencées, les plus fines et les plus exactes. Je n’admire pas tous ses livres, je n’apprécie pas son caractère, fait de ruse et de fausseté, de rancune et de cynique égoïsme. Mon admiration pour son talent ne se trouve en rien diminuée par mes réticences. Au contraire : mon éloignement pour sa personnalité est une marque de respect. Je la mépriserais si je m’inclinais devant ses défauts. La liberté n’est pas une exigence que nous devrions attendre de la société ou de l’Etat ; elle est d’abord une exigence intérieure. De Cervantès, Milan Kundera écrit de manière quelque peu énigmatique qu’il a déchiré le rideau, mais quel est l’écrivain véritable qui ne nous ouvre pas des espaces inconnus ? J’appelle liberté cet élargissement. Michel del Castillo Она бросила "Рамблер хром скачать"взгляд в камеру и улыбнулась. А "Симулятор вождения поезда скачать торрент"потом отчаяние снова сменилось радостью, потому что, "второй кредит"согласно поступившим сообщениям. Тем "Харьков сова прокат книг"лучше, вмешался Зернов-двойник, значит, "Скачать опера для windows mobile"визитных карточек не потребуется. 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